20/12/2009 01:31:14

ANALYSE A Copenhague, l'Onu a brillé par sa faiblesse

par Gerard Wynn

COPENHAGUE, 20 décembre (Reuters) - L'accord a minima trouvé samedi à la conférence de Copenhague sur le climat, où l'échec total a été évité in extremis, illustre l'affaiblissement du processus fondé sur l'unanimité et pourrait présager de celui de l'Onu.

Les négociations ayant abouti au dit "Accord de Copenhague" n'ont impliquées qu'une vingtaine de pays, dont cinq ont mené les tractations décisives: Etats-Unis, Brésil, Chine, Inde et Afrique du Sud.

Le texte final n'a aucun caractère contraignant et chaque Etat a loisir d'y souscrire ou non, sortant ainsi du cadre collectif de la Convention des Nations unies sur le climat.

"Je ne pense pas que cela soit la fin du rôle de l'Onu sur le climat mais c'est un nouveau modèle en son sein", juge Jennifer Morgan, directrice du programme climat et énergie à l'Institut des ressources du monde.

Cette observatrice se dit "tout à fait" favorable au rôle des chefs d'Etat et de gouvernement, intervenus dans les deux derniers jours de la conférence, le président américain Barack Obama en tête.

"Je pense que c'est l'histoire de cette conférence. Les chefs d'Etat sont venus et ont élaboré un accord un peu indépendamment du processus de l'Onu. Il y a encore beaucoup de choses à faire pour la Convention cadre des Nations unies sur le climat."

L'Onu pourra notamment participer à la vérification des mesures mises en oeuvre par chaque pays pour réduire ses rejets de gaz à effet de serre, un des sujets les plus épineux dans la capitale danoise, propose-t-elle.

Les statuts de l'Onu nécessitent l'unanimité de décision, sans différencier les Etats-Unis de Tuvalu, île de l'océan Pacifique aux 12.000 habitants.

UNE QUESTION D'EQUITE

Cette règle aurait pu faire échouer totalement la conférence de Copenhague, les pays en développement ayant dit leur intention d'étudier tout texte en séance pleinière, à 193 Etats.

De sources au fait des discussions, on disait les Danois réticents à ce mode de décision qui risquait de prolonger les débats, voire l'impasse, des jours durant.

La dernière session l'a montré, lorsque le texte élaboré à 28 a été soumis à une assemblée rétive. Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a dû entrer dans le jeu pour convaincre des Etats opposés au texte, notamment le Venezuela ou la Bolivie.

Cet accord a minima confirme l'objectif de limiter la hausse globale des températures à 2°C et prévoit la création d'ici 2020 d'un fond de 100 milliards de dollars pour les pays pauvres.

Mais il ne comporte aucun engagement ferme sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et ne garantit en aucune façon la signature à terme d'un nouveau traité contraignant.

Pour le secrétaire exécutif de la CCNUC, Yvo de Boer, l'intérêt d'un processus multilatéral résidait précisément en l'élaboration d'une solution qui concerne en priorité les pays les moins puissants sur la scène diplomatique.

"On peut prétendre qu'il aurait été bien plus efficace de traiter du changement climatique dans le cadre du G20", dont les membres comptent parmi les plus gros pollueurs, note-t-il.

Mais "ce n'est pas correct du point de vue de l'équité ou de l'environnement", ajoute-t-il, parce que beaucoup de pays "sont déjà en première ligne des effets du changement climatique".

Aussi les Nations unies sont-elles utiles pour assurer, selon De Boer, que "nous nous occupons des questions mondiales comme le changement climatique de façon équitable, en tenant compte des préoccupations de tous".

Les ultimes discussions de vendredi ont été menées par les plus grands pays mais aussi, a-t-on dit de sources au fait du processus, par des Etats comme Grenade ou les Maldives.

Pour Andrew Light, coordinateur de la politique climatique au Centre pour le progrès américain, il n'en reste pas moins que Copenhague illustre la nécessité de faire hors du cadre onusien.

"Il faut commencer à chercher d'autres options, ou à tout le moins commencer à utiliser des forums alternatifs", juge-t-il.

Il reste toutefois des pays en développement pour défendre l'Onu, censée garantir leur place dans le débat.

"On n'aura pas d'accord impliquant seulement un nombre limité de pays", affirmait le chef des négociateurs brésilien, Sergio Serra, à propos des plus grands pays.

"Peut-être en certaines occasions ils peuvent être une force motrice pour mobiliser les autres, mais jamais ils ne scelleront un accord eux-mêmes, parce que cet accord manquerait de légitimité. L'Onu restera donc sans doute au coeur de tout ça."

(Avec Richard Cowan et Emma Graham-Harrison, version française Grégory Blachier)

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